Foot féminin - Mamy Ndiaye : «Mame Moussa Cissé nous a chassées…»
dimanche 31 décembre 2023 • 1579 lectures • 0 commentaires
La Tanière
2 ans
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L'ancienne capitaine de l'équipe nationale, Mamy Guessiam Drogba Ndiaye nous a reçu dans son domicile au Mans, en France pour un entretien où elle est largement revenue sur sa riche carrière dans 5 pays et 8 clubs, du Sénégal à la France en passant par la Suède, l'Espagne et le Luxembourg.
Pouvez-vous nous faire part de vos nouvelles ?
Mamy Nguessiam Drogba Ndiaye est toujours là. J'ai arrêté ma carrière le 26 juillet 2022 en remportant la Coupe des Pays de la Loire en même temps que le titre de championne de D3 avec un ticket de montée en D2. Là je suis tranquille chez moi, au Mans, pour une nouvelle vie.
Vous êtes devenue footballeuse professionnelle à une époque où c'était difficile…
Grâce à Dieu, c'est Samsedine Diatta (membre de l’actuel Comité exécutif de la FSF) qui m’a permis de signer en Europe et devenir professionnelle. Je ne pourrais jamais le remercier assez, ainsi toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont vraiment cru en moi et ont participé à ma carrière comme ma famille les Ndiayenne, toute la Cité Lobatt Fall de Pikine, les journalistes Aïssatou Françoise Seck, Malick Thiandioum, Libasse Sarr, Kambel Dieng, Amédine Sy, Eliot Khouma, Vieux Diop Médina, les coachs Assane Kara, Bassouaré Diaby et Salam Lam aussi.
Qu'est-ce qui a été déterminant dans votre carrière ?
Écoutez, moi, j’ai toujours cru en moi depuis toute petite. J’avais senti cet amour du football comme mon papa Nguessiam Ndiaye (ndlr, ancien international du Jaraaf) qui est mon plus grand idole depuis toujours.
Vous êtes la première footballeuse sénégalaise à devenir professionnelle, comment ça s'est passé ?
Effectivement et c’est avec beaucoup de fierté que j’en parle. Je suis la première fille au Sénégal à réussir à décrocher un contrat en Europe (ndlr, en Suède) en 2007. Ce fut le plus beau jour de ma vie, je peux dire. Parce que c’était mon rêve. Quand personne n’y croyait moi j’y croyais.
Dans votre génération, il y avait le talent mais ça a tardé à décoller. Pourquoi ?
Effectivement, avant, c’était compliqué avec nous en équipe nationale parce qu’il n’y avait pas assez de suivi. Les autorités ne croyaient pas beaucoup en nous et pourtant il y avait des talents fous dans cette équipe de 2002 avec mes grandes sœurs comme Madeleine Ndoye, Fatou Guèye, Mame Bassine Thiaw, Mamy Ngoundiam, Mama Diaby, Binta Sylla, Léna Gomis, Absa Diop, etc. J’ai beaucoup appris d'elles.
Vous suivez sans doute l'équipe nationale féminine. Les filles commencent à récolter les fruits de votre travail…
Oui, je les suis de loin. Je vois une évolution magnifique et cela fait du baume au cœur de voir nos petites sœurs avoir une évolution super. Cela se voit que le foot féminin avance petit à petit.
À votre époque, n’y avait-il pas un problème de motivation en équipe nationale ?
Au fait, c’était juste les débuts de l’équipe nationale. En outre, on n’était pas assez matures. Je veux dire qu’on ne connaissait pas beaucoup les compétitions. En plus de tout ça, on ne participait pas à beaucoup de compétitions à part les éliminatoires de la CAN et les Jeux africains qu’on a pu jouer si je me rappelle bien une seule fois (ndlr, la CAN en 2012 en Guinée équatoriale).
Pouvez-vous nous faire un résumé de votre parcours professionnel entre Suède, France, Luxembourg et Espagne ?
J’ai quitté le Sénégal pour déposer mes valises en Suède où je suis restée 5 ans. J’ai débuté dans une équipe de 4ème division qui s’appelle Monliker Gôteborg. Après quelques mois, j'ai rejoint le club de Kalmar pour participer successivement aux montées de D3 jusqu'en Ligue supérieure qu’on appelle Alsvesken en passant, tour à tour la D2 et la D1. Durant toutes les quatre saisons, j’étais la seule Africaine avec toujours le titre de meilleur buteur. J’ai quitté la Suède en 2014 pour signer en Espagne plus précisément à Saragosse, en D1. C’était un peu difficile à cause du racisme. J'ai fait une année et j’ai rompu mon contrat ; c'était lors de la saison 2014/2015. De 2015 à 2017, j’étais à Arras en France dont le nom a changé maintenant pour devenir Lens dans une équipe de D2 où j’ai fait presque 3 saisons et j’étais toujours meilleure buteuse. Après Arras, j’ai fait un saut à Luxembourg dans un club de D1 qui s’appelle Racing club luxembourgeois avant de revenir en France, au Mans FC, de 2019 jusqu'en 2022, pour terminer ma carrière en beauté.
Vous êtes des pionnières en équipe nationale féminine. Mais on ne vous voit pas accompagner vos cadettes ?
J’ai arrêté ma carrière internationale en 2018/2019 avec coach Sidate Sarr que je salue à travers vos colonnes. Il a toujours cru en moi, même si entre temps il y a le coach Mame Moussa qui ne voulait plus des vieilles comme moi, Oulèye Dièye la grande gardienne, Gougne Sarr la défenseuse de classe, Marième Diop Yally et Binta Diakhaté. Il a clairement dit qu’il voulait faire un changement, rajeunir l’équipe, décision qu’on a respectée sans état d'âme. Mais il fallait quand même respecter notre parcours, mes coéquipières et moi, en sélection, qui a donné la chance à nos petites sœurs de représenter aujourd’hui notre pays.
D'aucuns disent que vous avez arrêté votre carrière parce que Mame Moussa ne vous a pas traitée comme Bassouaré Diaby ?
(Rires) Je ne vais pas trop rentrer dans les détails. J’ai fait une très belle carrière et je suis fière de mon parcours, ma famille aussi, c’est le plus important. Mais je vais brièvement répondre à votre question. Vous savez, Bassouaré Diaby et Assane Kara étaient plus que des coachs pour nous. Ils étaient comme un père, pour moi en tout cas. Des personnes qui m’ont beaucoup aidée durant ma carrière et je ne cesserai de les remercier.
Êtes-vous prête à donner coup de main aux footballeuses qui aspirent devenir des professionnelles ?
Absolument ! Moi je suis open-mind, que ça soit avec les garçons ou les filles. Toute personne qui a besoin du peu d’expérience dont je dispose dans le football, mes portes sont grandement ouvertes.
Avez vous des nouvelles de votre club de cœur, Aigles de la Médina ?
Pour dire vrai, je n’ai pas beaucoup de nouvelles d’elles. Je parle souvent à quelques dirigeants mais les joueuses je ne les connais plus. Il n’y a plus les Aigles de l’année 2007, il n’y a que de nouvelles joueuses et je ne les connais pas.
Pouvez-vous évaluer les chances de l'équipe nationale qui va prendre part à la CAN au Maroc ?
J’ai confiance à mon équipe. J’ai vu leur potentiel et je pense qu’elles peuvent aller loin si elles croient en elles. C’est important. Actuellement, grâce à l'équipe nationale masculine, le monde entier respecte le Sénégal, machalla. Et c’est une fierté pour nous.
Vous avez arrêté votre carrière il y a un peu plus d'un an. Pensez-vous à votre reconversion ?
J’ai arrêté ma carrière, il y a effectivement une année. Là, actuellement, j'ai commencé ma reconversion en temps qu’éducatrice dans la protection de l’enfance. J’adore ce métier et je gagne de l’expérience le temps de passer mes diplômes dans le football qui reste ma passion.
Quel message avez vous à lancer dans le sport d'une manière générale ?
J’ai un message qui me tient vraiment à cœur. Je parle d'une manière générale en tant qu'ancienne capitaine. Je parle pour tous les sportifs : lutteurs, footballeurs karatékas, basketteurs, handballeurs, judokas nageurs athlètes, etc. Les autorités doivent penser et/ou veiller sur tous les anciens internationaux qui ont défendu le Drapeau national pour qu’ils aient une assurance maladie. Qu’ils puissent se soigner quand ils sont malades. Ils doivent également avoir des cartes d’accès pour tous les matchs internationaux et les matchs de championnats du Sénégal. C'est vraiment triste quand on apprend que Penda Guèye, première gardienne de l'équipe nationale décéder il y a quelques jours était gravement malade et qu'elle n’a pas pu faire son opération faute de moyen. Comme tant d’autres personnes, sportifs ou non.
Réalisé par Mame Libasse SARR
Publié par
Mor Bassine Niang
admin
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