Cet article a été publié dans le journal LOBS

Cité Mixta, le cancer des appartements meublés

mercredi 15 septembre 2021 • 3407 lectures • 0 commentaires

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Cité Mixta, le cancer des appartements meublés

Depuis quelque temps, la cité «Mixta» est devenue l’un des principaux lieux de scandales à connotations sexuelles. Dans cette paisible résidence privée de la capitale sénégalaise, des cas de drogue, de prostitution, de délinquance et autres problèmes de mœurs, sont souvent déflorés par la presse. Pourquoi autant de scandales dans cette cité ? Tentative de réponse.  

Au début, ce devait juste être une «récréation» entre jeunes. Puis cela a mal tourné et a viré à la partouze. La vidéo de quelques minutes est vite devenue virale en moins de temps qu’il n’a fallu pour la réaliser. Mettant en scène un groupe de jeunes, elle a eu comme cadre la cité Mixta. Cette résidence privée, théâtre de plusieurs affaires de mœurs qui ont défrayé la chronique dernièrement. L’inadmissible s’est déroulé le week-end dernier. La cité aurait servi de décor à une sidérante affaire de mœurs qui place au banc des accusés, un technicien électroménager et une bande de filles, toutes adolescentes. Le prévenu qui gérait la location était accusé d’incitation à la débauche corsée par des faits d’offre et cession de drogue à des mineurs. Ces jeunes filles, mineures qui avaient loué un appartement à la cité Mixta, avaient toutes fugué de leur domicile familial. Et, l’appartement meublé servait de cadre pour des rencontres avec leurs petits copains. Mais, leur cohabitation sera de courte durée. Car, suite à une plainte d’un membre de la famille de l’une d’entre elles, pour fugue, la police a débusqué leur nid de débauche. Surprises en train de griller du chanvre et une autre variété de drogue, elles seront présentées ainsi que leur bailleur devant le tribunal des flagrants délits de Dakar. A la cité «Mixta», les affaires de mœurs se suivent, mais ne se  ressemblent pas. En 2020, une vidéo à caractère pornographique dénommée «Lomotif» avait été tournée dans ce cadre. C’était à l’occasion de la Korité, des jeunes, sous le prétexte de fêter l’évènement, s’y sont retrouvés, pour une orgie. L’affaire a fini sur la place publique et a attiré le regard inquisiteur de la Brigade des mœurs de la Sûreté urbaine de Dakar, compétente en la matière, et le commissariat des Parcelles Assainies. Deux procédures distinctes ont été ouvertes pour tenter de mettre le grappin sur toutes les personnes impliquées. Arrêtés, les mis en cause seront jugés et… relaxés. Deux affaires qui ont fini de ternir la réputation de la discrète cité, cataloguée, aujourd’hui, comme un nid à scandales. Pourquoi «Mixta», résidence paisible, nichée entre le Stade Léopold Sédar Senghor et les Parcelles assainies traîne-t-elle cette réputation à scandales ? 


«Les appartements meublés synonymes de dépravation de mœurs»
A Mixta, on fait le dos rond. En cette matinée, la cité bruit d’un calme oppressant. De temps à autre, les cris des bambins, ballons aux pieds, perturbent la quiétude de l’endroit. Dans les ruelles de la résidence, les usagers s’activent. A la cité Mixta, une succession d’immeubles à deux niveaux proposent des appartements luxueux. Tendus de rouge ou de blanc, ils offrent un décor unique. Pourtant, sa réputation laisse, aujourd’hui, fortement, à désirer.   Dans son salon, Maguette a les yeux rivés sur son Smartphone. Très occupée, la dame de 45 ans scrute à la loupe les informations sur la cité Mixta sur sa page Facebook. Résidente dans un des appartements de la cité depuis une dizaine d’années, Maguette ne se fait pas prier pour raconter son calvaire. « C’est très difficile de vivre dans un quartier qui fait à chaque fois la une des journaux pour des affaires de mœurs. En investissant des sommes faramineuses pour l’achat de mon appartement, je pensais que j’allais vivre dans un havre de paix, mais au bout de quelques années, j’ai déchanté», geint cette propriétaire. Silhouette frêle dissimulée dans un habit traditionnel noir, casque de sisterlocks, cette mère de famille est confortablement assise sur son fauteuil de couleur noire. La voix saccadée, Maguette poursuit : «La cité est devenue un lieu de débauche à cause des appartements meublés. Ils sont synonymes de dépravation de mœurs, de débauche, de violence, de prostitution, et de clandestinité.» En rage contre les bailleurs, elle lâche : «Si la situation prend de l’ampleur, c’est à cause d’eux. Aujourd’hui, dans la perspective d’une rentabilisation rapide de l’investissement, des immigrés qui ont acquis des appartements meublés ici, les mettent en location et confient la gérance à des personnes sans scrupules qui louent à n’importe qui, sans aucun suivi. L’essentiel pour eux, c’est de se faire de l’argent. Et, c’est une chose déplorable.» Aujourd’hui, à force de voir le nom de sa résidence jetée en pâture dans les journaux, un sentiment de frustration noue la gorge de Maguette. «Parfois devant mes amis, j’ai honte de dire que j’habite à la cité Mixta. Car certaines personnes sont promptes à la stigmatisation et aux jugements de valeur. Nous n’avons nulle part où aller donc, nous sommes obligées de faire avec. Mais, nous avons perdu notre quiétude», lance furax, cette mère de famille.


«Entre 15 000 et 35 000Fcfa par jour»
Assis sur les bancs tendus de vert du terrain de foot, Abdou Fall, surveille ses mômes qui jouent à la baballe. Vêtu d’un jean bleu délavé et d’une chemise noire portant des rayures grises, ce père de famille a acheté un appartement au sein de la cité en 2015. Et tout comme Maguette, l’homme de 40 ans en veut aux appartements meublés. Pour lui, ces locations sont la principale cause de dépravation des mœurs au sein de leur résidence. «Les jeunes jettent leur dévolu sur la cité car la location de ces appartements est accessible. Pour une journée, elle s’élève entre 15 000 et 35 000 Fcfa. Donc, c’est donné à tout le monde. Et, à ce prix, les jeunes font ce qu’ils veulent», lâche ce père de famille. La mauvaise réputation du quartier ne manque pas d’affecter l’éducation de ses enfants. «Dans un tel cadre de vie, il est très difficile d’éduquer nos enfants. Dans ce quartier, les jeunes s’habillent comme ils veulent. Les filles pensent qu’elles sont à Las Vegas et se prennent pour des stars hollywoodiennes.  Elles s’affichent sans vergogne dans des tenues osées et extravagantes. Nous sommes dans un quartier où la déperdition est flagrante. A mon niveau, les enfants ne sortent jamais de la maison sans être accompagnés», assure ce cadre dans une entreprise de la place. Pour lui, la solution est d’interdire tout simplement la location journalière des appartements meublés. «Pour garroter le mal, il faut bannir la location quotidienne des appartements. A défaut, les louer juste pour 6 mois et augmenter la caution. Comme cela, ces jeunes arrêteront de venir dans notre quartier. D’ailleurs, ceux qui louent les appartements foulent au pied toute règle et c’est l’image de notre quartier qui s’en trouve écornée», explique Abdou Ndiaye.


« Ce sont les étrangers qui sèment le désordre »
«L’image de notre quartier est détruite à jamais. Prononcer simplement « Cité Mixta », et certaines personnes vous indexent de la pire des manières. Beaucoup de parents disent à leurs enfants de ne plus mettre les pieds ici. Alors qu’ici, il y a de bonnes personnes», sert dans un rire convulsif, Lala Zhor. Dans son studio américain, la dame de 47 ans indexe également les appartements meublés. «Ces bailleurs louent à n’importe qui. Ce sont souvent les «étrangers» qui sèment le désordre. Propriétaire depuis maintenant plus de cinq années, elle pousse le bouchon : «Ce qui se passe dans le quartier est inadmissible. Pendant la nuit, je n’arrive même pas à dormir à cause du bruit, des disputes et des bagarres.  Alors que je dois me réveiller à 05 heures du matin pour aller au travail. Pour dire vrai, ce sont les appartements meublés qui nous fatiguent». Pour régler le problème, elle préconise l’installation d’un poste de police. «Poster des agents de sécurité ou des gardiens à chaque entrée ne suffit pas. Il est impératif de mettre un mini poste de police au sein de la cité, juste pour dissuader les personnes mal intentionnées. Il faut également que la population participe à la lutte parce que, c’est notre image qui est en jeu.» Leur réputation tout court.


AIDA GUIRAUD, CHEFFE DE QUARTIER DE LA CITE MIXTA : «Mixta n’est pas un bordel»
«A Mixta, notre principale préoccupation, ce sont les appartements meublés. Le problème est fréquent dans tous les quartiers de Dakar. Mais, c’est parce que je les dénonce que les Sénégalais sont au courant de ce qui se passe ici. Dans les appartements meublés, les jeunes font tout ce qu’ils veulent. Et, malheureusement, certains propriétaires ne sont pas au courant, la majorité vivant à l’étranger. Au sein de la cité, nous sommes très organisés. Quand les gardiens arrêtent des mineurs, des vendeurs de drogue, ils m’appellent et, je saisis directement la Police. Comme nous vivons avec nos familles, nous voulons protéger notre progéniture. On essaye de nous organiser pour un meilleur cadre de vie.  Pour ce faire, nous travaillons en étroite collaboration avec la police des Parcelles assainies car nous vivons dans une zone très sensible. Nous sommes très alertes et très vigilants. On n’hésite pas à investir certains appartements. A partir de la nuit, il n’y a qu’une seule porte d’accès à la cité. Et avant d’entrer, on exige aux jeunes de montrer leurs pièces d’identités car, Mixta n’est pas un bordel. Cependant, il arrive que certains passent à travers les mailles du filet et ce sont eux qui commettent ces actes déplorables.»
AICHA GOUDIABY & SERIGNE SALIOU YADE (Stagiaire)

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Publié par

Namory BARRY

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