Boxe - Yvan Mendy : «Je suis un Lion du pays de la Téranga»
mardi 27 février 2024 • 4561 lectures • 0 commentaires
Omnisports
2 ans
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Champion d'Europe à deux reprises de la catégorie des poids légers (2016 et 2019), le boxeur international français Yvan Mendy, surnommé le Lion, est actuellement au Sénégal, terre de ses origines. Trouvé dans sa villa à Ngaparou, le pensionnaire du Boxing Club Olympique Pont-Sainte Maxence dans la région parisienne, a accordé un entretien exclusif au quotidien sportif RECORD.
Yvan, vous êtes international français de boxe des poids légers. Pouvez-vous nous retracer votre parcours ?
D'abord merci de m'avoir sollicité pour cette interview. C'est Yvan Mendy 39 ans bientôt. J'ai différentes étapes dans ma vie en tant que boxeur. J'ai commencé par être un boxeur national. C'est-à-dire que j'ai boxé dans les différents tournois de débutant à professionnel jusqu'à ce que je devienne champion de France. Mes premières tentatives pour le championnat de France se sont soldées par des échecs. Après, j'étais animé par l'envie de ne pas lâcher le titre, je le voulais absolument. Et donc, par la suite, j'ai réussi à devenir champion de France. Ensuite, tout s'est enchaîné avec différents titres internationaux et puis mon nom a pris du poids. Et après j'ai pu boxer au plan international et réaliser de bonnes performances.
En 2016 et en 2022, vous êtes sacré champion d'Europe de votre catégorie. Qu'est-ce cela vous a fait de décrocher ces prestigieux titres ?
À la base, je ne désirai qu'être assez reconnu dans mon département, dans ma région, un peu en France. Et, petit à petit, la confiance est venue tout doucement en gagnant des combats. J'ai pris de l'assurance aussi en allant mettre les gants avec différents profils qui, sur le papier, étaient peut-être plus forts que moi et puis en les croisant. Là, j'ai pris énormément de confiance et je me suis dit qu'il y a possibilité que je fasse quelque chose. Et donc, voilà, ça s'est profilé comme ça, jusqu'à ce que je devienne champion d'Europe. Et là c'est le summum, parce que Yvan Mendy a commencé avec pas mal de défaites dans les rangs amateurs. Et quand je suis passé professionnel j'espérais devenir au moins champion de France. Et là je fais beaucoup plus en étant champion d’Europe. Cela représente des millions d'habitants quand même. Et puis me retrouver sur la scène européenne n°1, c'est quelque chose de grandiose. J'en suis ravi à 100%.
Il y a également ce couronnement mondial en 2019 auréolé de la ceinture WBA Gold, face au Vénézuélien Jaider Parra, battu par KO au 6ème round…
Bien sûr. Parce qu'on connaît la famille Parra. Lui aussi, il (Jaider) a un frère qui a été notamment champion du monde. On sait que c'est une famille très reconnue dans le monde de la boxe. Et là aussi c'est encore un objectif atteint pour me voir classer dans la WBA. Et puis le combat se solde par une victoire avant la limite. Je me rappelle comme si c'était hier, car j'en garde de bons souvenirs. Je me souviens pas mal de camarades, de familles, etc. ont fait le déplacement pour venir me voir en région parisienne, à Paris Levallois. Et puis c'était l'apothéose de gagner comme ça, devant tout le monde.
De ces 3 titres, lequel vous a le plus plu ?
Je ne peux pas dire qu’un est plus valorisant qu'un autre, parce qu'à travers tous ces titres, il y avait toujours quelque chose de marquant. Même dans des défaites, j'ai appris des trucs. Je ne pourrais pas dire qu'il y a un souvenir qui est plus élevé qu'un autre. Après le titre, c'était celui du champion de France quand même ; c'était mon premier véritable titre. Être champion de son pays quand même, c'est important. Juste avant ça, il y avait deux tentatives qui s’étaient soldées par des échecs. Ça m'a mis la rage en même temps. Et ça m'a donné une telle envie, ce titre. Et quand, je l'ai eu, c'était l'extase total.
Après votre second titre européen en 2022, contre l'italien Gianluca Ceglia, votre fille cadette Mariam, âgée alors de 5 mois, vous rejoint sur le ring. Une image forte, des moments d'émotions pour vous ?
Le sport, ça se partage avec tout le monde, même si c'est un sport individuel. Et quand on est acclamé par des supporters, par la famille par énormément de monde, on a envie de partager cet exploit avec eux, d'autant plus que là, c'est ma fille. Et puis, j'ai dû faire des efforts immenses, c'est-à-dire que les semaines d'avant combat où je me préparais dur, je ne dormais même pas chez moi. Et moi, mon noyau dur, c'est la famille. Et puis, quand on met la famille de côté et qu'on privilégie la boxe, j'ai envie de dire merci. Parce que ma femme, elle, fait un travail extraordinaire en s'occupant des enfants à cent pour cent pour me laisser gérer ma préparation pour mon combat. Donc, quand on descend sur le ring, on a envie que de partager ce moment là avec eux.
Et ce surnom qu'on vous attribue «The Lion». C'est peut-être une force supplémentaire pour le combattant que vous êtes ?
C'est vrai quand on est boxeur ou athlète pour assurer ces genres de spectacle, on a envie d'avoir un surnom. Moi, en tant que boxeur, la question ne se pose même pas : je veux être le Lion. J'ai envie de représenter mes origines, le pays de la Téranga. Et puis, on sait ce que le lion inspire. Dans la savane, c'est un fauve assez calme, mais dès qu'il monte en chasse, il prend tout sur son passage. Donc, j'ai envie d'être à l'image du lion, assez calme et quand il faut sortir les griffes, quand il faut sortir les crocs, je les sors. C'est un petit rappel aussi par rapport au pays de la Teranga parce qu'il ne faut pas oublier que mes parents sont originaires du Sénégal. Tout cela permet de montrer aux gens que sans ces valeurs de l'Afrique qu'on est en train de véhiculer peut-être que je n'en serai pas là aujourd'hui.

Vous êtes présentement au Sénégal pour une durée de 2 mois, histoire de se ressourcer un peu ?
Ah oui. C'est un moment pour se ressourcer parce que cela donne énormément de force. Et en même temps j'en profite pour aller voir les athlètes du pays parce qu'on est à 6000 kilomètres, mais je regarde beaucoup ce qui se passe ici. Je suis aussi l'équipe qui prépare les JO, il reste le tournoi olympique pour pouvoir participer au tournoi de Paris. Je suis aussi les basketteurs, les footballeurs... On est tous ensemble, ceux de la diaspora et ceux qui sont au pays. Voilà, cela fait plaisir de voir des compatriotes réussir et avancer comme moi.
À 38 ans, vous envisagez la retraite ou bien vous préférez continuer votre carrière ?
C'est vrai que c'est une question qui me fait rire parce ce que, ça revient souvent. Là je suis à l'aube de mes 39 ans et c'est vrai que, physiquement, je me sens toujours bien. Après, je ne ferai pas les combats de trop. Je boxerai tant que j'arriverai à atteindre mes capacités physiques d'aujourd'hui. À partir du moment où les entraînements sont un peu plus intenses, où le corps aura du mal à répondre à certains entraînements, il sera tant d'arrêter. Il ne faut pas se leurrer, il ne me reste pas non plus 10 ans de carrière. Donc, si je continue comme ça, sur un ratio d’un combat par an, ça me suffit honnêtement.
Mais l'après-carrière, vous y pensez déjà. Peut-être qu'un jour vous viendrez apporter votre expertise aux jeunes Sénégalais amoureux de cette discipline ?
Oui. Bien sûr. En France, on en parle souvent : pouvoir faire un truc pour les nôtres qui sont restés au pays et puis développer. Parce que, vous savez, l'Afrique regorge de jeunes talents. Quand on fait le recensement de la population, plus de 50% a moins de 30 ans en Afrique. Et dans cette jeunesse on sent qu'il y a du potentiel. Malheureusement, ce qui nous manque, ce sont les moyens. Et puis, nous, on aimerait ramener ce qu'on a comme moyens pour les booster encore plus, parce qu'avec le peu qu'ils ont ils arrivent à faire des perfs et ça c'est énorme. Donc, si on s'y ajoute notre expérience, notre expertise et du matériel aussi, ils ne feront que progresser.
Avez-vous des attaches à la Fédération sénégalaise de boxe ?
Effectivement, j'ai quelques noms en tête. On se connait. D'ailleurs, lundi (hier), j'irai rendre visite à un collègue qui est récemment en stage à Mbour.
Le lutteur Franc est venu vous rendre visite à Ngaparou. Comptez-vous l'aider dans sa préparation de son combat de mai prochain, contre Bombardier ?
Je ferai le maximum pour épauler Franc, d'autant plus qu’il est Mandjack comme moi. Cela me fait plaisir honnêtement. Je ne connaissais pas de lutteur de notre ethnie qui performait comme ça. La première fois qu'on s'est rencontré, il était venu me voir lors du championnat d'Europe. Cela m'a donné une force terrible. Un copain qui fait 6000 kilomètres pour vous donner de la force, je me suis dit que je me dois de lui rendre la pareille. On a ces trucs là. Ce sont des ondes. Je reçois les ondes positives qu'il m'envoie et cela me donne de la force. Et moi j'ai envie de lui renvoyer la pareille. Donc, c'est un honneur pour moi dès que je me suis au Sénégal, de partager des moments avec lui. Je lui souhaite bonne chance pour son prochain combat.
Ndar Mathieu FAYE
Publié par
Hubert Mbengue
admin
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